
Le Canada a ravivé ses ambitions de développement national dans le Nord. La Loi visant à bâtir le Canada, la création du Bureau des grands projets (BGP) et les annonces fédérales récentes soulignant l’importance nationale de l’énergie, des infrastructures et de l’exploitation des minéraux critiques ont donné à l’Arctique une place centrale dans le programme stratégique du pays.
Le Canada a ravivé ses ambitions de développement national dans le Nord. La Loi visant à bâtir le Canada, la création du Bureau des grands projets (BGP) et les annonces fédérales récentes soulignant l’importance nationale de l’énergie, des infrastructures et de l’exploitation des minéraux critiques ont donné à l’Arctique une place centrale dans le programme stratégique du pays.
Parallèlement, la première Stratégie industrielle de défense du Canada met en évidence l’importance géopolitique croissante de l’Arctique et la nécessité de renforcer les capacités de défense dans le Nord au moyen d’infrastructures à double usage et de partenariats avec les communautés autochtones et nordiques. Ensemble, ces initiatives créent une occasion générationnelle de concrétiser l’exploitation des minéraux critiques dans le Nord canadien, une région riche en minerai de fer, en or, en terres rares et en d’autres minéraux critiques1. Nous examinons les contraintes d’infrastructure propres à la région, les mécanismes d’investissement fédéraux disponibles, les partenariats internationaux ainsi que les considérations de politique publique nécessaires pour assurer la viabilité des projets.
L’exploitation des minéraux critiques dans le Nord canadien se heurte à plusieurs obstacles structurels, le plus important étant l’insuffisance des infrastructures essentielles : la région n’est pas reliée au réseau électrique du sud, ce qui oblige les projets et les communautés à dépendre d’une production d’électricité au diesel coûteuse2. De plus, l’absence d’accès routier à l’année ou de corridors de transport fiables complique l’accès aux gisements et l’acheminement des produits vers les marchés, en plus d’en accroître les coûts. Combinées à la volatilité du prix des produits de base, ces contraintes minent la rentabilité de nombreux projets aux premiers stades de leur développement, en particulier pour les petits promoteurs qui n’ont pas les capitaux requis pour construire les infrastructures de soutien.
Les changements climatiques accentuent ces pressions. Le raccourcissement de la saison des routes d’hiver et l’instabilité croissante du pergélisol discontinu augmentent les coûts et la complexité des infrastructures de transport. Par exemple, la route toutes saisons Tłįchǫ est construite sur un pergélisol discontinu qui varie le long de son tracé et doit composer avec le dégel du sol, susceptible d’entraîner un affaissement ou un glissement de la chaussée. Ces enjeux entraînent une hausse des coûts d’entretien des infrastructures de transport essentielles. Les dommages liés au pergélisol ne se limitent pas aux routes : de 2014 à 2017, le coût des réparations des pistes d’atterrissage et des installations de l’aéroport d’Iqaluit s’est élevé à 300 millions de dollars, et ce, uniquement pour le maintien de leur capacité fonctionnelle3. Ensemble, ces facteurs accroissent les risques et les coûts des projets et compromettent la viabilité de nouveaux projets d’exploitation des minéraux critiques dans l’Arctique.
Face à ces contraintes structurelles, le Canada déploie progressivement des initiatives, des investissements et des partenariats stratégiques afin de combler l’écart en matière d’infrastructure dans le Nord et de faciliter l’accès aux ressources minérales de l’Arctique.
Le 12 mars, le gouvernement fédéral a annoncé un financement de 35 milliards de dollars visant à défendre, à développer et à transformer la région du Nord du Canada, dont 10 milliards de dollars consacrés à de grands projets d’infrastructures4. Cet engagement appuie l’exploitation des minéraux critiques, de l’énergie propre et des corridors commerciaux nordiques, et prévoit l’affectation de nouveaux fonds à des sites d’opérations avancés, à des centres de soutien et à des aéroports partout dans l’Arctique. Ces mesures visent à assurer une présence quasi permanente dans le Nord.
Dans ce contexte, la soumission de plusieurs projets d’infrastructures nordiques au BGP constitue un levier central. Créé en vertu de la Loi visant à bâtir le Canada, le BGP a pour mandat de simplifier les processus réglementaires pour les projets d’importance nationale. Ces projets n’ont pas encore été officiellement désignés comme des projets d’intérêt national, mais le seul fait qu’ils aient été soumis au BGP indique aux investisseurs que le gouvernement fédéral leur accorde la priorité et entend accélérer les délais réglementaires, au bénéfice ultime de la province géologique des Esclaves, reconnue pour sa richesse en minéraux.
Dans son annonce du 12 mars, le gouvernement fédéral a soumis au BGP les « projets de résilience nordique » suivants5 :
La route de la vallée du Mackenzie et le projet d’agrandissement de la centrale hydroélectrique Taltson répondent directement aux besoins en infrastructures du Nord, tandis que des projets tels que l’agrandissement de la centrale hydroélectrique Taltson, la route et le port de Grays Bay, et le corridor économique et de sécurité de l’Arctique visent à établir les interconnexions nécessaires pour relier les gisements minéraux à une énergie propre et fiable, aux réseaux routiers nationaux et aux zones côtières. Ensemble, ces initiatives ont pour objectif d’améliorer l’accès aux marchés, de réduire le coût des projets et de favoriser l’exploration et l’exploitation des ressources minérales stratégiques dans l’Arctique.
En complément de ces initiatives d’infrastructures, le Canada a aussi instauré plusieurs politiques et outils financiers visant à renforcer la production intérieure de minéraux critiques et à accroître la sécurité des chaînes d’approvisionnement.
Comme nous l’indiquons dans un bulletin précédent, le Pilier IV de la Stratégie industrielle de défense du Canada prévoit que le gouvernement fédéral doit assurer l’approvisionnement fiable en matières premières essentielles, notamment en minéraux critiques, en acier et en aluminium. D’ici le deuxième trimestre de 2026, le Canada publiera également un plan visant à accroître la production, la transformation, le stockage et l’approvisionnement de minéraux critiques destinés aux besoins de la défense.
Parallèlement, le gouvernement fédéral a annoncé plusieurs programmes visant à soutenir directement l’exploitation des minéraux critiques au Canada, notamment les suivants :
Bien que plusieurs de ces initiatives aient une portée nationale et ne se limitent pas à la région du Nord, elles constituent néanmoins un ensemble d’outils concrets pouvant être mobilisés pour soutenir l’exploitation des minéraux critiques dans le Nord et contribuer à combler l’écart entre les ambitions des politiques et la viabilité des projets.
Le Canada a également mis à profit son statut de puissance moyenne pour renforcer la coopération internationale en matière de minéraux critiques, principalement par l’entremise de l’Alliance du G7 sur la production de minéraux critiques (l’« Alliance »). Lancée par le Canada en juin 2025, l’Alliance a pour objectif de sécuriser et de diversifier les chaînes d’approvisionnement, tout en limitant la concentration du marché pour certains minéraux critiques8. En octobre 2025, le Canada avait déjà annoncé 26 investissements et partenariats stratégiques visant à accélérer des projets de minéraux critiques pour un total d’environ 6,4 milliards de dollars, grâce à une combinaison d’accords d’achats, de co-investissements et de collaborations techniques avec des pays alliés9,10.
À l’occasion du congrès de l’Association canadienne des prospecteurs et entrepreneurs en mars, le Canada a renforcé cette démarche en annonçant une seconde série de 30 partenariats, qui devraient débloquer 12,1 milliards de dollars additionnels en capitaux soutenus par des alliés. Le Canada a également conclu de nouveaux accords bilatéraux avec l’Australie, le Japon, l’Inde et la Norvège, chacun visant à resserrer la coopération dans les chaînes d’approvisionnement en minéraux11.
Deux de ces accords méritent une attention particulière. D’abord, l’accord avec l’Australie s’appuie sur les réserves australiennes existantes de minéraux critiques et prévoit une coordination accrue entre les deux pays, notamment en lien avec le futur Fonds souverain pour les minéraux critiques du Canada12. Ensuite, le protocole d’entente conclu avec la Norvège vise à accroître la résilience de la chaîne d’approvisionnement par des partenariats commerciaux, des investissements et l’échange de connaissances techniques et de pratiques exemplaires dans le domaine de l’exploration minière. L’échange de renseignements entre deux pays arctiques pourrait se révéler particulièrement utile13.
Dans leur ensemble, ces initiatives de l’Alliance et ces accords bilatéraux consolident l’approche de type « club d’acheteurs » du Canada, qui vise à diversifier les sources d’approvisionnement, à harmoniser la demande des alliés et à réduire l’incertitude liée aux prix pour les projets de minéraux critiques nécessitant des investissements importants dans le Nord.
Bien que les initiatives fédérales récentes et les partenariats internationaux constituent des avancées importantes, plusieurs autres facteurs seront déterminants pour transformer les ambitions du Canada dans l’Arctique en projets réellement finançables.
Premièrement, les infrastructures à double usage doivent être conçues et financées de manière à répondre à la fois aux besoins civils et industriels. Comme nous l’avons souligné dans notre bulletin précédent sur les possibilités liées à la défense dans l’Arctique, des projets tels que le Corridor économique et de sécurité de l’Arctique peuvent améliorer la mobilité militaire tout en reliant les communautés nordiques et les gisements minéraux de la province géologique des Esclaves aux réseaux de transport du sud. Toutefois, ces projets se heurtent à des obstacles importants, notamment des contraintes financières et une complexité réglementaire élevée. La soumission de projets au BGP constitue un pas dans la bonne direction, mais il subsiste des déficits de financement. Le Fonds d’infrastructure pour l’Arctique, doté d’un budget d’un milliard de dollars, soutient les projets améliorant la connectivité régionale et les chaînes d’approvisionnement. Toutefois, il est peu probable qu’il réponde à l’ampleur des besoins, surtout à la lumière du Budget de 2025, qui laisse entendre que le programme global d’infrastructures du Canada pourrait nécessiter environ 500 milliards de dollars en cofinancement privé. L’établissement d’un cadre d’investissement clair et d’un processus d’approbation réglementaire prévisible sera essentiel pour attirer les capitaux requis.
Deuxièmement, le Canada pourrait devoir compléter son approche de type « club d’acheteurs » par des mesures offrant une plus grande prévisibilité pour les prix. Les États-Unis ont proposé la création d’une zone commerciale préférentielle assortie de prix planchers pour certains minéraux critiques, afin de réduire l’exposition à la volatilité des marchés et d’offrir aux investisseurs des revenus prévisibles dans un secteur exigeant en investissements[14]. Le Canada a reporté sa décision quant à sa participation à cette initiative dans le contexte des discussions à venir sur l’ACEUM, mais la question demeure pertinente sur le plan national15. Alors que le Canada travaille à une deuxième série de partenariats dans le cadre de l’Alliance et conclut de nouveaux contrats d’achat garantis, il pourrait être pertinent d’examiner si des mécanismes ciblés de stabilisation des prix, y compris des prix planchers pour les projets dans l’Arctique plus risqués, pourraient contribuer à atténuer les risques d’investissement.
Dans l’ensemble, ces considérations mettent en évidence l’importance d’harmoniser la certitude réglementaire, la planification des infrastructures et les mécanismes de stabilisation des marchés avec la stratégie globale du Canada pour le Nord. Une telle harmonisation contribuera à ce que les engagements politiques se traduisent par des avancées concrètes dans l’exploitation des minéraux critiques dans le Nord.
Les politiques récemment mises en place, les engagements d’investissement et les alliances internationales du Canada ont généré un élan concret en faveur de l’exploitation des minéraux critiques dans l’Arctique. Le défi réside désormais dans la mise en œuvre, car il s’agit de veiller à ce que la planification des infrastructures, la certitude réglementaire et les mécanismes de soutien au marché convergent afin de rendre les projets nordiques finançables. Si le Canada parvient à cette convergence, il sera bien positionné pour transformer cette occasion générationnelle en retombées économiques et stratégiques durables.
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