
Les opérations de fusion et acquisition aux États-Unis ont connu un essor au premier semestre de 2026, en grande partie grâce aux mégatransactions, au développement de l’intelligence artificielle et au fait que les négociateurs ont appris à mieux gérer l’incertitude. Un assouplissement de la réglementation a également contribué à cette dynamique. Au premier semestre de cette année, la valeur totale des opérations entre des acquéreurs américains et des cibles américaines a augmenté de 49 % (319 G$), malgré une baisse de 2 % du nombre d’opérations par rapport au premier semestre de 2025. Depuis 2023, les fusions et acquisitions sur le marché américain ont augmenté d’une année à l’autre, tant sur le plan de la valeur que du nombre d’opérations (voir la figure 1). À l’échelle mondiale, la valeur des opérations a augmenté d’environ 30 % au cours des six premiers mois de l’année, ce qui laisse présager que le volume des opérations pourrait dépasser le record atteint en 20211.
Ce début d’année exceptionnel intervient malgré des tensions géopolitiques, des perturbations aux marchés énergétiques mondiaux et la résurgence des pressions inflationnistes. On observe des similitudes avec le premier semestre de 2025, lorsque les tensions commerciales et le « jour de la libération » ont provoqué un choc inattendu de volatilité sur les marchés. Toutefois, contrairement à l’an dernier, les sociétés et les investisseurs aux États-Unis ont poursuivi leurs opérations dans un contexte où le volume des projets de fusions et acquisitions demeure robuste et où les conditions propices à ces opérations sont toujours réunies.
Le déploiement massif de capitaux et l’ampleur du développement de l’IA se répercutent sur l’ensemble des fusions et acquisitions sur le marché américain. L’IA stimule les opérations de fusion et acquisition dans un éventail de secteurs de plus en plus large et transforme la façon dont certaines sociétés envisagent ces opérations. Il devient de plus en plus important d’évaluer l’incidence de l’IA sur la valorisation à long terme d’une société.
À l’échelle mondiale, les acquéreurs étrangers continuent de considérer les cibles américaines comme attrayantes. Le Canada demeure une source principale de flux transactionnels vers les États-Unis, même si l’activité a quelque peu ralenti après une année 2025 particulièrement intense. Le Japon arrive en tête des pays asiatiques pour les opérations avec les États-Unis et le Canada, l’Inde se montrant quant à elle de plus en plus active.

Les secteurs des services publics et des biens de consommation discrétionnaire sont les principaux secteurs de fusions et acquisitions aux États-Unis au premier semestre de 2026, en termes de valeur des opérations (voir la figure 2). Ces deux secteurs ont déjà dépassé leurs résultats annuels de l’exercice 2025. Le secteur des soins de santé est sur le point de dépasser les résultats de l’année dernière à la fois sur le plan de la valeur des opérations et de leur nombre. Les secteurs de l’industrie et de l’immobilier ont également connu un bon début d’année. Le secteur des biens de consommation de base reste stable, tandis que celui de l’énergie a rebondi après avoir enregistré une baisse de la valeur des opérations en 2025.
L’acquisition de Dominion Energy inc. par NextEra Energy inc., d’une valeur de 119 G$ (dette comprise), explique en grande partie la hausse observée dans le secteur des services publics. Il s’agit de la plus grande acquisition jamais réalisée dans ce secteur aux États-Unis, ce qui souligne l’importance de disposer d’une capacité suffisante pour répondre à la demande en électricité générée par l’intelligence artificielle2. La valeur des opérations dans le secteur des technologies a diminué de 27 % au premier semestre de cette année par rapport au premier semestre de 2025. À partir de la fin janvier de cette année, l’annonce de nouveaux outils d’IA a provoqué des ventes massives d’actions de sociétés de logiciels, ce qui a ralenti le rythme des opérations dans le secteur des technologies. Dans le secteur des soins de santé, la valeur des opérations de fusion et acquisition biopharmaceutiques a bondi en 2026, les grands fabricants de médicaments se précipitant pour acquérir des entreprises biotechnologiques développant des médicaments prometteurs afin de reconstituer leurs sources de revenus, alors que leurs médicaments plus anciens perdent leur protection par brevet3.

La tendance aux mégatransactions continue de prendre de l’essor en 2026 (voir la figure 3). Le nombre d’opérations dont la valeur est égale ou supérieure à 10 G$ représente désormais plus de la moitié de la valeur totale des opérations réalisées depuis le début de l’année. Le nombre de mégatransactions a augmenté ces dernières années et a atteint un sommet en 2025. Si la tendance se maintient jusqu’à la fin de l’année 2026, leur nombre devrait dépasser le total de l’année dernière. À l’échelle mondiale, les entreprises ont conclu 38 opérations d’une valeur d’au moins 10 milliards de dollars au cours du premier semestre, soit un record pour une période de six mois4.

L’un des facteurs déterminants qui expliquent la tendance aux mégatransactions est le besoin d’envergure lié au déploiement de l’IA. Les centres de données, ainsi que l’électricité nécessaire à leur exploitation, exigent des capitaux et une capacité industrielle considérables, et ce besoin est en partie comblé par des fusions et acquisitions de plus en plus importantes. Les quatre principaux fournisseurs de services infonuagiques à très grande échelle aux États-Unis — Google, Microsoft, Meta Platforms et Amazon — ont annoncé qu’ils prévoyaient réaliser des dépenses en immobilisations de 725 G$ cette année, principalement dans l’infrastructure des centres de données, comparativement à 376 G$ en 2025.
Les opérations de fusion et acquisition se multiplient dans un large éventail de secteurs en réponse à cette vague d’investissement, allant des technologies à l’énergie, en passant par les infrastructures, l’immobilier et le secteur manufacturier. L’activité transactionnelle touche tant les capitaux publics que privés, les plus grandes sociétés de capital-investissement ainsi que des investisseurs institutionnels canadiens et internationaux annonçant des opérations et des investissements dans les centres de données, les réseaux électriques, les énergies renouvelables et les « pelles et les pioches » du déploiement de l’IA.
Comme il a été mentionné précédemment, l’IA influe sur la manière dont la valorisation à long terme d’une entreprise est établie. Les valorisations peuvent dépendre de la manière dont une société a su intégrer l’IA à ses produits, de la vulnérabilité (ou de la résilience) d’un secteur ou d’un modèle d’affaires face aux perturbations créées par l’IA, ainsi que des données et des réseaux de clients dont dispose la société. Les entreprises « natives de l’IA », c’est-à-dire celles qui ont été conçues dès le départ autour de l’IA, voient leurs valorisations augmenter rapidement.
La valeur totale des acquisitions étrangères de cibles américaines au premier semestre de 2026 est supérieure de 52 G$ à celle au premier semestre de l’année dernière, et le nombre d’opérations est en légère hausse. En 2026, le Canada est le premier acquéreur étranger en ce qui concerne le nombre d’opérations. Le Royaume-Uni arrive en tête sur le plan de la valeur totale des fusions et acquisitions, avec 24,8 milliards de dollars, suivi de la France, avec 19 milliards de dollars, alors que les opérations transatlantiques connaissent un essor fulgurant. Le Japon s’est classé troisième tant du point de vue de la valeur des opérations que de leur nombre. Au niveau mondial, au premier semestre de 2026, les fusions et acquisitions transfrontalières ont connu leur meilleur début d’année depuis 2018. Les États-Unis ont été la cible principale, représentant 25 % des opérations transfrontalières mondiales5.

Les acquisitions canadiennes de cibles américaines ont connu une baisse de leur valeur totale et une hausse de leur nombre depuis le début de l’année 2026 (voir la figure 5). Les fusions et acquisitions ont connu un regain d’activité en 2025, ce qui a constitué une bonne nouvelle dans un contexte où l’économie canadienne subissait les effets des droits de douane américains. Dans une décision très attendue, l’administration américaine a refusé de renouveler l’Accord États-Unis-Mexique-Canada (ACEUM) le 1er juillet 2026. L’Accord entre désormais dans une phase d’examens annuels. Les négociations commerciales devraient se poursuivre et une résolution constructive de l’ACEUM permettrait d’éliminer l’une des principales sources d’incertitude pour les acteurs canadiens du monde des affaires intéressés par les occasions offertes au sud de la frontière.

Les sociétés canadiennes des secteurs des matériaux, des services financiers, des technologies et de l’industrie représentent la majeure partie des acquisitions aux États-Unis en nombre d’opérations (voir la figure 6). Au premier semestre de 2026, ces quatre secteurs représentaient 73 % de l’ensemble des marchés conclus à l’étranger vers les États-Unis, une tendance qui s’est relativement maintenue au cours des dernières années. C’est dans le secteur financier que les opérations de fusion et acquisition ont le plus augmenté depuis le début de l’année 2024, tandis que le secteur des technologies a enregistré la plus forte baisse.
Le secteur immobilier est le plus actif en 2026 en valeur totale, avec des transactions totalisant 5,4 milliards de dollars. Ce total comprend les deux plus importantes transactions réalisées depuis le début de l’année. Le secteur des matériaux occupe la deuxième place avec une valeur de 2,8 milliards de dollars et se classe également en deuxième position pour le nombre d’opérations.

Le nombre d’acquisitions canadiennes de cibles américaines d’une valeur de 1 G$ ou plus a diminué au cours du premier semestre de cette année, tant en nombre d’opérations qu’en pourcentage de la valeur totale annuelle des fusions et acquisitions. Les opérations d’une valeur de 1 G$ ou plus ont représenté 90 % de la valeur totale des opérations en 2025, comparée à 65 % en 2026. La part des opérations dont la valeur se situe entre 100 millions et 500 millions de dollars est passée de 6 % au cours des six premiers mois de 2025 à 19 % cette année.
La valeur des acquisitions américaines de cibles canadiennes n’a cessé d’augmenter ces dernières années, et le total enregistré en 2026 a déjà presque dépassé celui de l’année dernière (voir la figure 7). Deux opérations de plus de 15 G$ au deuxième trimestre, l’une portant sur des actifs de gaz naturel et l’autre sur un projet de GNL, ont propulsé la valeur des opérations de fusion et acquisition dans le secteur de l’énergie à 32 G$ au premier semestre de 2026. La valeur totale des opérations dans le secteur de l’énergie s’est élevée à 10 milliards de dollars au total en 2024 et 2025. Les acquisitions américaines prennent également de l’ampleur dans d’autres secteurs. Sur les dix plus importantes opérations annoncées ou réalisées depuis le début de l’année 2023, huit ont eu lieu en 2025 ou en 2026.

Ces dernières années, ce sont les secteurs des technologies et de l’industrie qui ont enregistré le plus grand nombre d’acquisitions américaines de cibles canadiennes. Ces secteurs occupent les deux premières places pour le nombre d’opérations depuis 2023, suivis par celui des biens de consommation discrétionnaire.
Les fusions et acquisitions en Asie avec le Canada et les États-Unis se résument par l’essor du marché japonais, à l’augmentation des activités avec l’Inde et au ralentissement des opérations avec la Chine.
Les opérations de fusion et acquisition, tant sortantes qu’entrantes, entre le Japon et le Canada/les États-Unis ont atteint des niveaux records en 2025, et l’activité pourrait dépasser les chiffres de l’année dernière (voir la figure 8). Le marché des fusions et acquisitions japonais a connu une année 2025 record, le volume total des opérations ayant presque doublé pour s’approcher des 400 G$, et ce chiffre pourrait être dépassé en 20266. Les fondamentaux économiques sont solides au Japon, la confiance des entreprises est forte, la pression exercée par les actionnaires activistes ne cesse de s’intensifier, et les sociétés japonaises continuent de rechercher des occasions de réaliser des opérations à l’étranger, malgré la faiblesse du yen.

Le nombre d’acquisitions indiennes de cibles canadiennes et américaines a augmenté graduellement au cours des dernières années, atteignant en moyenne 8 G$ par année de 2023 à 2025. La valeur des opérations a bondi à 17 G$ au premier semestre de 2026, notamment en raison de l’acquisition d’Organon par Sun Pharmaceutical pour près de 12 G$, l’une des plus importantes opérations à l’international jamais réalisées par une entreprise indienne7. Entre 2023 et 2026, les acquéreurs canadiens et américains ont privilégié l’Inde par rapport à tout autre pays asiatique sur le plan du nombre d’opérations.
Le rythme des opérations de fusion et acquisition menées par le Canada et les États-Unis en Chine a ralenti en 2025 et 2026, dans un contexte de tensions commerciales et politiques accrues avec les États-Unis. En 2026, le nombre d’opérations provenant de Chine a diminué, tandis que leur valeur a augmenté, grâce notamment à l’acquisition d’une société minière canadienne pour un montant de 4 milliards de dollars. La donne pourrait changer pour le Canada et la Chine en 2026, car le gouvernement canadien tente de recalibrer leurs relations et de dynamiser l’activité économique entre les deux pays.
L’élan des opérations de fusion et acquisition observé aux États-Unis et sur les marchés mondiaux en 2026 devrait se poursuivre au second semestre de l’année. Les sociétés et les investisseurs se sont habitués à évoluer dans un contexte macroéconomique incertain, et leur regain de confiance contribue à soutenir leurs activités malgré l’instabilité géopolitique et économique.
Le développement de l’IA demeurera un puissant catalyseur, élargissant le paysage des fusions et acquisitions dans un plus grand nombre de secteurs et créera une demande pour de nouveaux types de partenariats stratégiques, d’acquisitions et d’opérations liées aux infrastructures. La tendance aux mégatransactions devrait se poursuivre, car leur ampleur joue un rôle de plus en plus déterminant. Un cadre réglementaire assoupli aux États-Unis renforce la confiance des acteurs du marché.
Les fusions et acquisitions entre le Canada et les États-Unis resteront un pilier essentiel pour les deux marchés, compte tenu de la solidité des liens économiques. Parallèlement, le Canada cherche à diversifier sa croissance en prenant de l’expansion sur les marchés mondiaux. Les opérations conclues avec le Japon prennent de l’ampleur et représentent une situation prometteuse et en constante évolution qu’il faudra suivre de près.
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