
À mesure que les fonds permanents redéfinissent le marché secondaire, les promoteurs et les investisseurs sont confrontés à une concurrence accrue pouvant nécessiter un repositionnement stratégique. Les promoteurs devraient évaluer l’opportunité de lancer des fonds permanents afin d’accéder à de nouvelles sources de capital, tandis que les investisseurs devraient comprendre comment l’affectation de capitaux permanents et les pressions des rachats périodiques influencent le marché secondaire et peuvent créer des perspectives d’achat avantageuses.
Le volume des opérations sur le marché secondaire mondial a atteint un sommet de 240 milliards de dollars en 2025, soit une hausse de 48 % par rapport à 2024, qui était déjà une année record1. Cette croissance s’explique notamment par l’expansion des structures de fonds permanents dans le marché secondaire. En 2025, 41 % des 113 milliards de dollars réunis par des fonds permanents ont été alloués au marché secondaire2. Malgré la volatilité générale des marché, le volume des opérations réalisées dans le cadre de stratégies des fonds permanents et sur le marché secondaire demeure solide, et ne montre guère de signes de ralentissement: Evercore estime que 46 % des acheteurs sur le marché secondaire prévoient constituer un fonds permanent, tandis que Baird prévoit que le total des actifs sous gestion (AUM) des fonds secondaires permanents triplera au cours des cinq prochaines années3.
À mesure que ces véhicules se multiplient dans le marché secondaire, ils apportent non seulement davantage de capitaux, mais influencent également la dynamique des prix et les comportements concurrentiels entre acheteurs. Pour les promoteurs de fonds et les investisseurs institutionnels, cette évolution soulève un certain nombre de considérations structurelles, notamment les implications des modèles de frais fondés sur la valeur liquidative, des exigences de déploiement continue des capitaux et des mécanismes de rachat périodique dans le contexte d’actifs des marchés privés qui sont intrinsèquement non liquides.
Le présent article évalue l’impact des fonds permanents sur les prix et le flux d’opérations dans le marché secondaire et, compte tenu de leur rôle de plus en plus central sur ceux-ci, il met en lumière les principaux éléments que les acteurs du marché doivent prendre en compte.
Les fonds permanents (également appelés fonds « evergreen », ouvert, perpétuels ou à durée indéterminée) n’ont pas de durée prédéterminée et offrent aux investisseurs des droits de rachat périodiques, généralement sur une base trimestrielle et souvent assujettis à un « seuil » fondé sur un pourcentage de la valeur liquidative. En comparaison, les fonds de capital-investissement traditionnels à capital fixe (fonds fermés) immobilisent généralement le capital pour une durée déterminée de 10 ans puis doivent être liquidés à l’issue de cette période.
Le marché secondaire se prêtent naturellement à la structure des fonds permanents pour plusieurs raisons :
Les fonds permanents ont intensifié la concurrence sur le marché secondaire originé par les investisseurs (LP-led secondaries) et semblent influencer les attentes en matière de prix pour l’ensemble des opérations sur ce marché. Alors que les prix moyens des opérations des commanditaires sont demeurés globalement stables en 2025, à un peu plus de 86 % de la valeur liquidative, les fonds permanents ont payé une prime par rapport à la moyenne du marché, avec des prix à près de 90 % de la valeur liquidative6.
Contrairement aux fonds à capital fixe (fermé), pour lesquels les honoraires sont généralement perçus sur le capital engagé et qui peuvent se permettre de se retirer des processus en cas de prime, les fonds permanents facturent des honoraires uniquement en fonction de la valeur liquidative et sont donc incités à présenter des offres d’achat agressives afin de déployer rapidement leurs capitaux. En outre, l’effet sur les prix se voit amplifié par le volume important de capitaux d’investisseurs individuels investis dans les fonds permanents. Selon une étude de Baird, les fonds sujets à l’Investment Company Act of 1940 ont connu des taux de rendement internes d’à peine 10 à 12 %, ce qui crée une dynamique concurrentielle difficile pour les acheteurs traditionnels avec des objectifs de rendement plus élevés7. Selon le rapport de William Blair intitulé 2026 Secondary Market Report, le marché des commanditaires connaît désormais une volatilité des prix extrême, les prix étant de plus en plus influencés par l’appétit des fonds sujets à l’Investment Company Act of 19408.
Et cet appétit ne se limite pas uniquement aux opérations de revente des commanditaires. Bien que ces opérations représentent encore la majorité de l’affectation des capitaux des fonds permanents, en 2025 environ 42 % de cette affectation a été consacré à des opérations de revente menées par les commandités (GP-led secondaries), alors que ce pourcentage était de 39 % en 20249.
Les mêmes caractéristiques structurelles qui permettent aux gestionnaires de fonds permanents de présenter de meilleures offres que les gestionnaires de fonds à capital fixe dans le cadre d’une revente menée par un commanditaire peuvent se manifester lorsque les fonds permanents se trouvent du côté vendeur, en particulier en période de volatilité des marchés. Alors que les fonds secondaires à capital fixe traditionnels qui sont non liquides peuvent généralement absorber la volatilité des marchés et conserver leurs positions, ce n’est pas le cas des fonds semi-liquides assortis de droits de retrait périodiques. Une caractéristique clé des fonds permanents est celle d’offrir aux investisseurs des occasions de rachat périodiques alors qu’ils détiennent une base d’actifs non liquides. Ce décalage entre les attentes des investisseurs en matière de liquidité et la nature des actifs détenus peut exercer une pression sur ces fonds permanents et les amener à vendre au mauvais moment. Bien que cela puisse créer des occasions d’achat sur le marché secondaire auprès de fonds permanents en difficulté, il n’en reste pas moins que la nature même des investissements sur le marché secondaire offre une certaine protection. Les portefeuilles du marché secondaire sont généralement très diversifiés et génèrent régulièrement des distributions qui peuvent financer les rachats dans le cours normal des activités sans qu’il soit nécessaire de procéder à une vente en catastrophe.
Les fonds permanents font désormais partie intégrante du marché secondaire. Certains acteurs du marché prévoient que la valeur des actifs sous gestion (AUM) des fonds permanents axés sur le marché secondaire pourrait atteindre environ 200 milliards de dollars au cours des cinq à dix prochaines années10. Pour les promoteurs qui exploitent déjà un fonds permanent ou envisagent d’en lancer un, cette évolution crée plusieurs possibilités :
Avec l’accélération de la transition des fonds permanents vers les opérations secondaires dirigées par des commandités, les meilleures occasions pourraient bien se trouver dans les opérations de véhicules de continuation à actif unique. Ces opérations récompensent souvent une analyse minutieuse et patiente à l’égard d’une seule société sous-jacente et exigent des engagements de la part des investisseurs qui pourraient dépasser les limites de concentration des fonds permanents et/ou leur seuil de tolérance au risque.
Les vulnérabilités liées à la gestion de la liquidité inhérentes aux structures des fonds permanents ont le potentiel de créer une ouverture concurrentielle permettant à certains gestionnaires de mettre de l’avant la pérennité de leur structure et leur alignement à long terme auprès des vendeurs institutionnels qui accordent de l’importance à la certitude d'exécution.
Étant donné que, parallèlement aux fonds à capital fixe traditionnels, sept des dix plus importants acheteurs sur le marché secondaire investissent déjà activement par l’entremise de leurs fonds permanents11, et que 46 % des acheteurs sur le marché secondaire prévoient de constituer un fonds permanent, le moment est peut-être venu pour un gestionnaire de fonds à capital fixe de décider s’il convient d’ajouter un volet à sa stratégie axée sur les fonds permanents ou sur les investisseurs individuels. Une telle démarche pourrait permettre d’accéder à un bassin croissant d’investisseurs individuels, tout en permettant aux gestionnaires de mener de front deux stratégies d’offres pour un même actif, adaptées à des profils de rendement et de liquidité différents. Toutefois, une mise en garde s’impose : les investisseurs et les autorités de réglementation surveillent plus étroitement les méthodes d’évaluation, la gouvernance des fonds et les mécanismes de gestion des conflits chez les promoteurs qui exploitent en parallèle des fonds institutionnels et des fonds destinés aux investisseurs individuels.
À mesure que les fonds permanents redéfinissent le marché secondaire, les promoteurs et les investisseurs devront adapter leurs stratégies pour composer avec les pressions concurrentielles, les complexités structurelles et les nouvelles possibilités que présente cette catégorie d’actifs en plein essor.
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