T3 | Revue Trimestrielle de TorysÉté 2026

Le Canada, pôle d’investissement d’envergure mondiale : entretien avec Mark Wiseman, ambassadeur du Canada aux États-Unis

Conférenciers

Le Canada suscite un intérêt grandissant auprès des investisseurs américains et internationaux, alors que les gouvernements et les entreprises recherchent des marchés stables et concurrentiels dans un monde de plus en plus incertain. Afin de mieux comprendre les facteurs qui alimentent cet élan, nous avons interrogé l’ambassadeur du Canada aux États-Unis, Mark Wiseman, au sujet de la confiance des investisseurs, des activités transactionnelles, de l’évolution du contexte commercial et des avantages concurrentiels du Canada.

 
Comment qualifieriez-vous la perception actuelle des investisseurs américains à l’égard du Canada comme destination pour la réalisation de transactions et le déploiement de capitaux?

Malgré le contexte commercial actuel, les investisseurs internationaux, y compris les investisseurs américains, manifestent un très vif intérêt pour le Canada. En fait, je dirais qu’au cours de ma carrière, c’est la période où j’ai constaté le plus grand intérêt de la part d’investisseurs américains et d’autres investisseurs internationaux à l’égard du Canada.

Plusieurs raisons expliquent cet intérêt. D’une part, il existe une forte perception – et je crois qu’elle correspond à la réalité – selon laquelle le gouvernement canadien actuel est favorable aux investisseurs : il est ouvert à l’investissement étranger direct (IDE), aux affaires et à la croissance économique, ainsi qu’à la simplification des processus réglementaires canadiens.

Ensuite, et c’est presque tout aussi important, le Canada est de plus en plus perçu comme possédant ce que le monde recherche. Cela ne se mesure pas seulement en fonction de ses ressources naturelles, comme l’énergie et les minéraux critiques, mais aussi en fonction de l’approche du Canada à l’égard du capital humain et du bassin de talents dont il dispose. En effet, nous affichons la proportion la plus élevée de citoyens titulaires d’un diplôme d’études postsecondaires parmi les grands pays du monde. Nous disposons d’une main-d’œuvre multinationale, formée à l’échelle mondiale, qui possède les compétences dont le monde a besoin aujourd’hui.

Ainsi, ce qui est particulièrement intéressant, c’est que nous bénéficions d’un cadre de politiques publiques et d’atouts constitués qui rendent le Canada très attrayant pour les investisseurs à l’heure actuelle.

Comment les initiatives politiques du Canada visant à accélérer la réalisation des grands projets, à assurer une plus grande certitude réglementaire et à attirer des capitaux sont-elles perçues aux États-Unis?

Toutes ces initiatives retiennent l’attention, notamment la forte convergence d’intérêts entre les provinces et le gouvernement fédéral. Le Bureau des grands projets s’inscrit dans cette dynamique. Cela dit, le Canada offre aussi des dizaines et des dizaines d’occasions d’investissement qui vont bien au-delà des grands projets. Qu’il soit question de politique fiscale, de l’accélération et de la simplification des processus réglementaires, ou encore d’une collaboration accrue entre les provinces, les territoires et le gouvernement fédéral, il est clair pour les investisseurs américains que le Canada va dans la bonne direction pour devenir une destination encore plus attrayante pour l’investissement.

Cela ne signifie pas pour autant que tout est accompli. Pour un investisseur, il va de soi que l’on souhaite toujours voir une amélioration continue, et il est essentiel de maintenir le cap. Cela dit, tant l’orientation générale que le climat d’ouverture à l’égard de l’investissement direct étranger que le Canada manifeste sont extrêmement bien accueillis par les investisseurs et les entreprises à l’échelle mondiale qui envisagent de venir réaliser davantage de projets ici.

Les investisseurs américains constatent manifestement que le Canada évolue dans la bonne direction pour devenir une destination d’investissement encore plus attrayante.

Vers la fin juin, j’ai passé une semaine dans deux États américains clés. J’ai d’abord participé, en Caroline du Sud, à la conférence de l’Alliance des États du sud-est des États-Unis et des provinces. Le niveau d’activité commerciale et l’intérêt pour le Canada y étaient tout simplement remarquables. Je me suis ensuite rendu en Arizona, où j’ai observé le même enthousiasme à l’idée de renforcer les liens d’affaires entre les différents États, les entreprises et le Canada. L’intérêt est bien réel et, à mon avis, il se traduira par une augmentation des opérations transfrontalières vers le Canada, ainsi que par une expansion accrue des entreprises américaines sur le marché canadien.

Bien que l’Arizona partage une frontière avec le Mexique, l’État souhaite intensifier ses relations d’affaires avec le Canada. L’Arizona considère également que la relation trilatérale entre les États-Unis, le Canada et le Mexique constitue un atout majeur pour son économie.

Pour mettre en perspective la présence canadienne en Arizona, soulignons qu’un million de Canadiennes et de Canadiens transitent chaque année par l’aéroport international Sky Harbor de Phœnix.

Que recherchent plus particulièrement les sociétés de capital-investissement et les investisseurs institutionnels américains lorsqu’ils évaluent des occasions d’investissement ou des cibles d’acquisition au Canada?

Je pense que ce que les gens constatent, c’est que le Canada représente aujourd’hui un marché exceptionnellement vaste. Avec une population de 41 millions d’habitants et un PIB de 2,5 billions de dollars américains, le Canada offre un marché important, attrayant et doté d’une masse critique. Au-delà de ça, je crois que les investisseurs s’intéressent à l’interconnexion des activités commerciales et des chaînes d’approvisionnement entre le Canada et les États-Unis. Ils y voient des occasions à saisir, qui ne se limitent pas aux marchés canadien et nord-américain. Le Canada est également de plus en plus reconnu comme le pays ayant conclu le plus grand nombre d’accords commerciaux bilatéraux. Cela signifie que les entreprises établies au Canada peuvent utiliser le pays comme tremplin pour accéder à d’autres marchés partout dans le monde.

Les investisseurs savent également qu’ils peuvent recruter les talents dont ils ont besoin au Canada. C’est un facteur déterminant pour eux. La plupart des entreprises ont besoin de talents variés, que ce soit en matière de gestion, d’ingénierie ou de spécialisation en intelligence artificielle. Elles les trouvent au Canada, et constatent également qu’ils souhaitent de plus en plus s’y installer. Cela comprend aussi les talents provenant de pays tiers. Il est aujourd’hui plus facile d’attirer ces talents au Canada qu’aux États-Unis, ce qui représente un avantage supplémentaire pour les investisseurs souhaitant y établir une entreprise ou prendre part à son développement.

Dans quels autres domaines le Canada bénéficie-t-il d’un avantage concurrentiel pour attirer les capitaux américains, et comment pouvons-nous continuer de positionner efficacement le pays dans un environnement mondial de plus en plus concurrentiel?

Cela tient en grande partie à la structure du marché canadien. Je me suis entretenu récemment avec le chef de la direction d’une entreprise du secteur de la fabrication de pointe, qui est en train d’ouvrir une importante installation de production dans la région de Montréal. La direction générale de cette entreprise m’expliquait à quel point il avait été simple de mettre en place sa filiale canadienne. Il lui a suffi de constituer la société, de l’immatriculer et d’obtenir les autorisations nécessaires pour construire son installation.

Le Canada offre également un accès favorable au marché du crédit, et il est actuellement moins coûteux d’y emprunter qu’aux États-Unis. En outre, le Canada est un pays où l’État de droit est bien établi et qui bénéficie des services de professionnelles et professionnels hautement qualifiés, que ce soit dans les domaines juridique, comptable ou bancaire. Franchement, pour les investisseurs américains, l’environnement leur est très familier. Il y est donc facile d’établir et d’exploiter une entreprise. À tout cela s’ajoute le taux d’imposition : en moyenne, le taux d’imposition des sociétés est inférieur d’environ 4 % par rapport à celui des États-Unis. L’ensemble de ces facteurs rend le Canada très attrayant.

Les investisseurs savent également qu’ils peuvent recruter les talents dont ils ont besoin au Canada […] Ils les trouvent au Canada, et constatent également qu’ils souhaitent de plus en plus s’y installer.

Avons-nous atteint notre plein potentiel? Je ne le crois pas. Nous devons continuellement nous améliorer. Nous pouvons davantage simplifier nos façons de faire. Nous ne sommes pas aussi agiles que ce à quoi les entreprises et les investisseurs sont habitués aux États-Unis; il nous reste donc du chemin à parcourir. Cela dit, il est clair que nous progressons dans la bonne direction. Le Canada est un marché attrayant, et il le devient de plus en plus.

Comment ces éléments s’inscrivent-ils dans un contexte d’instabilité géopolitique, et quel en est l’effet sur l’attrait du Canada comme destination pour l’investissement et la conclusion de transactions?

Les investisseurs réévaluent aujourd’hui des régions du monde qu’ils considéraient autrefois comme sûres et stables et constatent que, dans certains cas, la situation a changé. L’instabilité s’est accrue, et certains endroits sont moins sûrs et moins stables qu’ils ne le croyaient. Dans un monde marqué par une incertitude croissante, le Canada inspire un sentiment de stabilité. Notre gouvernement est stable, notre système démocratique est éprouvé et solide, et nous bénéficions évidemment d’une grande sécurité physique.

Alors que les investisseurs et les acteurs du marché recherchent un endroit paraissant sûr dans un contexte particulièrement mouvementé, le Canada constitue un havre de stabilité. Qu’il s’agisse de sa position sur la scène géopolitique ou de sa stabilité politique intérieure, on a le sentiment que le Canada est bien placé, si nous faisons les bons choix, pour attirer des investisseurs à l’échelle mondiale.

Comment les dynamiques commerciales et tarifaires actuelles influent-elles sur les investissements transfrontaliers et les activités de fusions et acquisitions?

D’abord, le Canada demeure en bonne posture. La situation serait encore plus favorable si nous disposions d’une plus grande certitude quant aux enjeux commerciaux. La situation tarifaire mondiale à l’égard des États-Unis demeure incertaine. Pour les investisseurs, qu’il s’agisse d’une entreprise qui cherche à prendre de l’expansion, d’un fonds souverain ou d’un fonds de pension qui envisage l’allocation de capitaux, cette incertitude a un coût. Elle accroît le risque associé à un modèle d’affaires et entraîne donc une hausse du coût du capital. Cette incertitude se fait d’ailleurs sentir dans le cadre du processus d’examen de l’ACEUM.

Toutefois, comme je l’ai dit récemment, il faut aussi savoir prendre un peu de recul par rapport à cette situation. Ce que j’entends par là, c’est qu’il faut se rappeler plusieurs points importants. Premièrement, l’ACEUM expire le 30 juin 2036. Il s’agit d’un accord d’une durée de 16 ans. Le processus d’examen lancé le 1er juillet est prévu par l’Accord. Après six ans, les trois parties doivent soulever les questions qu’elles souhaitent aborder relativement au fonctionnement de l’Accord et à d’autres enjeux commerciaux. Ce processus permet un dialogue entre les parties. Si toutes les parties conviennent de reconduire l’Accord, celui-ci est alors prolongé de 2036 à 2042, puisque le compteur repart à zéro pour une nouvelle période de 16 ans.

Le processus d’examen de l’ACEUM est certes important, mais il est peu probable que l’Accord disparaisse. Bien entendu, toute partie peut se retirer moyennant un préavis de six mois. C’était le cas au moment de sa signature, c’est toujours le cas aujourd’hui et cela le demeurera après le processus d’examen. En réalité, ce processus d’examen constitue en quelque sorte un jalon à la sixième année d’un accord de 16 ans.

Nous sommes également touchés par les droits de douane relevant de la section 232 sur l’acier, l’aluminium, les automobiles et les produits forestiers, ce qui pose problème. Cela dit, même si l’on tient compte de ces mesures, les Canadiens ainsi que les entreprises canadiennes bénéficient, dans l’ensemble, des droits de douane pondérés selon la valeur les plus faibles de tous les pays au monde à l’égard des États-Unis. En fait, la position concurrentielle du Canada s’améliore, puisque les États-Unis ont augmenté les droits de douane imposés aux pays qui ne sont pas parties à l’ACEUM. Bien sûr, une plus grande prévisibilité serait souhaitable. Bien sûr, nous voudrions surtout régler la question des droits de douane relevant de la section 232. Bien sûr, nous souhaiterions conclure le processus d’examen de l’ACEUM et renouveler l’Accord dès que les circonstances le permettront. Malgré ce contexte, le Canada demeure dans une position exceptionnellement attrayante, notamment parce qu’il est voisin de l’économie la plus importante, la plus dynamique et la plus innovante au monde. Les entreprises canadiennes ainsi que les Canadiennes et les Canadiens bénéficient d’un accès privilégié à ce marché.

Parallèlement, notre gouvernement a clairement indiqué qu’il souhaite diversifier ses échanges et doubler, en valeur absolue, son commerce avec le reste du monde au cours de la prochaine décennie, et ce, non pas au détriment des États-Unis, mais en plus de la croissance des échanges avec ceux-ci. Le gouvernement est d’ailleurs très clair sur le fait que de doubler le commerce avec le reste du monde constitue un objectif absolu, et non un objectif relatif. Nous voulons atteindre cette cible tout en continuant de profiter de l’accès au marché américain et de le renforcer.

Le Canada est bien placé, si nous faisons les bons choix, pour attirer des investisseurs à l’échelle mondiale.

D’ailleurs, les échanges commerciaux entre le Canada et les États-Unis ont augmenté de 27 % depuis l’entrée en vigueur de l’ACEUM, il y a six ans. Nous devons maintenir cette croissance tout en développant davantage nos échanges avec le reste du monde. Dans l’ensemble, le Canada demeure dans une bonne posture et jouit d’une position exceptionnelle quant à son accès à l’économie américaine.

Une dernière question : comment les résultats de l’examen de l’ACEUM orienteront-ils la perception à long terme des investisseurs américains à l’égard du Canada comme destination d’investissement?

Plus il y a de prévisibilité, mieux c’est. Le milieu des affaires aux États-Unis, tout comme celui au Canada, souhaite que le processus d’examen soit mené à terme et que l’ACEUM soit renouvelé. C’est le souhait de la majorité des membres du Congrès et de la plupart des États. Comme je l’ai mentionné, je reviens tout juste de l’Arizona et de la Caroline du Sud, où les dirigeants de ces deux États sont de fervents partisans du libre-échange. Dans les États frontaliers, que ce soit au Dakota du Nord ou dans l’État de New York, on constate d’ailleurs une convergence d’intérêts encore plus marquée.

Pour conclure, nous avons très hâte d’accueillir nos partenaires des États-Unis et de la communauté financière mondiale au tout premier Sommet canadien de l’investissement, qui se tiendra à la mi-septembre à Toronto. L’enthousiasme suscité par le Sommet est remarquable, et la demande dépasse largement la capacité d’accueil.

Le Sommet mettra résolument le Canada au premier plan de l’investissement direct étranger. Pour illustrer l’ampleur de la demande, si le Sommet était un restaurant à Toronto ou à Manhattan, ce serait la nouvelle adresse la plus courue en ville.


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