Conférenciers
Brigitte Goulard
Jay Dorey, Visa
Le secteur des technologies financières connaît une croissance rapide dans un contexte de réglementation en constante évolution. Dans cet entretien, Brigitte Goulard, conseil sénior, et Jay Dorey, directeur des initiatives stratégiques mondiales et directeur des affaires gouvernementales au Canada chez Visa, abordent les secteurs les plus touchés.
Brigitte : De nombreux développements surviennent actuellement dans le secteur des technologies financières. Quel est celui qui retient le plus votre attention, et quels sont les principaux défis et les occasions qui se présentent?
Jay : Je pense que le changement le plus important survenu sur le marché des technologies financières au Canada au cours de la dernière décennie est l’adoption de la Loi sur les activités associées aux paiements de détail (LAAPD). Cette loi modifie radicalement les structures réglementaires qui régissent les activités des entreprises de technologies financières au Canada, notamment en ce qui concerne leur accès aux systèmes de paiement en temps réel, aux autres réseaux de paiement et à l’infrastructure existante en matière de paiements. Toutefois, elle confère également une certaine légitimité auprès des consommateurs, des institutions financières et des entreprises qui n’ont peut-être pas encore adopté tous les différents produits de technologie financière développés au Canada. Elle offre ainsi un bien meilleur argumentaire d’investissement pour les entreprises de technologies financières canadiennes.
C’est en grande partie pour cette raison que nous constatons un regain d’enthousiasme à ce niveau de la part des investisseurs, des marchés potentiels et des entreprises de technologies financières elles-mêmes. Ils y voient un facteur de croissance, une tendance extrêmement importante qui mérite davantage d’attention de la part de notre secteur. C’est précisément ce type de précisions réglementaires qu’ont permis aux entreprises de technologies financières de prendre leur essor dans d’autres pays.
Aux États-Unis, la situation est différente, mais il suffit de voir ce qui se passe en Europe, dans de nombreuses régions d’Asie, en Afrique ou en Amérique latine pour constater que la croissance mondiale repose en grande partie sur la sécurité réglementaire. Ici, au Canada, nous sortons enfin d’une longue période d’incertitude réglementaire. Je pense qu’au cours des prochaines années, le secteur des technologies financières au Canada connaîtra un essor incroyable, deviendra de plus en plus concurrentiel et se distinguera par l’émergence d’entreprises prometteuses. Plusieurs acteurs mondiaux cherchent à développer leurs activités. Alors qu’ils évitaient auparavant le Canada, ils s’intéressent désormais à ce marché, ce qui est positif pour l’ensemble du système.
Brigitte : Visa collabore avec des entreprises de technologies financières du monde entier dans le cadre de son programme Fintech Fast Track. Pourriez-vous nous en dire plus sur les outils et les ressources proposés dans le cadre de ce programme?
Jay : Le programme Fintech Fast Track a d’abord été mis en place en Europe, puis déployé aux États-Unis, au Canada et dans d’autres marchés internationaux. Il s’agit d’un moyen pour les nouveaux acteurs du secteur des technologies financières de développer certains aspects de leur activité et d’accélérer la mise sur le marché d’une idée ou d’un produit. Pour ce faire, ces entreprises se voient proposer une gamme de produits et de services spécialement sélectionnés et adaptés à leurs besoins, ce qui leur permet de normaliser certains de leurs processus clés, tels que l’intégration de nouveaux clients. Une telle normalisation permet d’éliminer les obstacles et d’assurer aux entités réglementées un accès sécurisé au système de paiement, leur permettant ainsi de proposer de nouveaux services et produits pour être plus concurrentielles sur le marché.
Bien entendu, le soutien dont bénéficiera une entreprise dans le cadre du programme Fintech Fast Track variera en fonction du type de produit et de service qu’elle met au point. Certaines entreprises mettent au point des services de paiement traditionnels, par exemple en fournissant des cartes d’entreprise ou prépayées aux vendeurs et aux commerçants. D’autres proposent des cartes de débit ou de crédit destinées aux consommateurs de secteurs spécifiques qu’elles jugent mal desservis, alors que d’autres encore élaborent de nouvelles formes de paiement innovantes. Certaines entreprises utilisent Visa Direct pour les paiements entre particuliers, les transferts de fonds ou les transactions transfrontalières. D’autres exploitent la gamme de produits Visa, qui comprend des outils d’authentification ainsi que plus de 250 produits à valeur ajoutée particulièrement utiles pour les entreprises qui conçoivent des solutions destinées aux consommateurs ou aux petites entreprises.
Brigitte : Lequel de ces secteurs vous intéresse le plus?
Jay : Il y en a deux qui retiennent particulièrement mon attention, et ce sont deux secteurs où, selon moi, les consommateurs canadiens ont jusqu’à présent été négligés — ou, du moins, où il a été difficile de trouver un produit adapté au marché. Les entreprises de technologies financières sont incroyablement douées pour creuser en profondeur et cibler précisément un marché qui peut réellement tirer profit d’outils innovants.
Tout d’abord, je m’intéresse beaucoup à ce qui se passe dans le secteur des petites entreprises. Qu’il s’agisse des services bancaires destinés aux petites entreprises ou de l’ensemble des services offerts par les plateformes technologiques des entreprises de technologies financières et des institutions financières traditionnelles, les petits commerçants bénéficient désormais d’une meilleure expérience. Les entreprises de technologies financières y ont connu une croissance fulgurante. Un grand nombre d’acteurs tirent parti des avantages économiques associés aux cartes et des solutions dorsales pour proposer des offres sur mesure aux petites entreprises. Ils répondent ainsi à un besoin particulier du marché et, surtout, stimulent à la fois la productivité et la croissance économique.
Une autre avancée qui suscite mon enthousiasme est notre service Visa Direct. Cette solution offre la même simplicité et la même rapidité que les Canadiens attendent d’une expérience de paiement entre particuliers au niveau local, et les applique aux paiements transfrontaliers ainsi qu’aux transactions qui ne peuvent être traitées par les systèmes nationaux. Ce service offre des résultats exceptionnels, tant au niveau personnel qu’au niveau des entreprises. Il est particulièrement utile pour les nouveaux Canadiens souhaitant transférer des fonds ou des comptes au Canada, ainsi que pour les petites entreprises qui doivent effectuer des paiements transfrontaliers de manière plus rapide et plus économique.
Brigitte : Je suis certaine que Visa passe beaucoup de temps à étudier l’IA et à réfléchir à la manière dont elle pourrait l’exploiter pour mieux servir ses clients. Pouvez-vous nous faire part de vos projets en matière d’IA?
Jay : Visa s’appuie depuis des décennies sur la technologie pour résoudre des problèmes complexes. Ce que beaucoup ignorent peut-être, c’est que les opérations par cartes de crédit ont été parmi les premières à bénéficier des avantages de l’IA.
Il y a quelques années, il fallait appeler sa banque avant de partir en voyage pour l’informer de son départ à l’étranger afin de pouvoir effectuer ses opérations bancaires sans problème. Nous avons exploité l’apprentissage automatique pour mettre au point un système de notation complexe et complet de très haut niveau, ce qui a permis d’éliminer cet obstacle. Cela a permis d’augmenter les revenus des commerçants et des vendeurs, de réduire les coûts pour les émetteurs et d’améliorer l’expérience des consommateurs, le tout grâce à l’IA. Et c’était il y a déjà plusieurs années. Aujourd’hui, Visa demeure un chef de file dans ce domaine technologique et occupe actuellement la deuxième place mondiale en matière d’adoption et de déploiement de cette technologie au sein de notre secteur.
L’un des domaines qui nous intéresse le plus en matière de déploiement de l’IA est celui de la lutte contre la fraude. Il est désormais devenu indispensable de recourir à l’IA pour détecter les transactions frauduleuses ou les arnaques. Nous avons repris les outils et les solutions que nous avions développés pour Visa et les avons adaptés afin qu’ils puissent être utilisés pour tout type de paiement. Le moteur d’IA que nous avons mis au point s’avère être l’un des meilleurs outils pour lutter contre la fraude et les arnaques. Notre voulons offrir le meilleur moyen d’effectuer et de recevoir des paiements, et l’IA nous aide à atteindre cet objectif plus rapidement. Ce cas d’utilisation de l’IA apporte des avantages directs aux consommateurs et aux vendeurs canadiens, ainsi qu’à l’économie canadienne.
Un autre domaine, très récent mais tout aussi intéressant et prometteur, est celui du commerce agentique. Visa estime que le commerce agentique pourrait bouleverser le secteur de la vente, au même titre que le commerce électronique à ses débuts au début des années 1990.
D’ici peu, effectuer des recherches sur Internet puis passer une commande en tant qu’invité se fera en collaboration avec un agent d’IA. Il est essentiel de disposer des outils adéquats pour favoriser le commerce dans ce contexte. Par exemple, les commerçants doivent avoir la certitude que l’agent d’IA contre lequel ils ont tenté de se défendre dans un contexte de fraude procède désormais à une transaction légitime, et les consommateurs doivent avoir la certitude que leurs droits sont préservés et qu’ils bénéficient d’une protection adéquate dans le cadre de ces transactions. C’est pourquoi nous avons lancé le protocole d’agent de confiance (Trusted Agent Protocol), une nouvelle solution qui permet aux commerçants de reconnaître et de vérifier les agents d’IA agissant pour le compte de clients réels, afin qu’ils puissent faire la distinction entre les agents de confiance et les robots malveillants ou les fraudeurs. Nous réfléchissons beaucoup à cette question et consacrons beaucoup d’efforts à cet égard avec nos partenaires dans l’ensemble du secteur. Cette utilisation de l’IA pourrait bien transformer complètement la façon dont sont menées les activités commerciales.
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