
Le Canada est en train de s’établir comme un chef de file mondial dans le domaine des solutions carbone, notamment le captage, l’utilisation et le stockage du carbone (CUSC), qui consiste à capter le CO₂ à la source, et l’élimination du dioxyde de carbone (EDC), qui s’effectue par le captage direct du CO₂ dans l’atmosphère en vue de son stockage permanent. Grâce à un régime de crédits d’impôt des plus généreux au monde, à la tarification du carbone en hausse au niveau fédéral et aux avantages naturels d’une géologie favorable, d’une abondance d’énergie propre et d’un vaste territoire, le Canada offre un environnement particulièrement attrayant aux investisseurs pour l’ensemble des projets de gestion du carbone.
Le pays abrite déjà certaines des installations de CUSC les plus importantes au monde et développe rapidement, en parallèle, le secteur de l’EDC.
En ce qui concerne le CUSC, l’installation Quest de captage et de stockage du carbone, située en Alberta et exploitée par Shell, a capturé et stocké plus de 10 millions de tonnes (Mt) de CO₂ depuis 2015. L’Alberta Carbon Trunk Line (ACTL), un pipeline de CO₂ de 240 kilomètres conçu pour acheminer jusqu’à 14,6 Mt par année, fait parvenir le CO₂ capté vers des sites en vue de son stockage permanent et de son utilisation pour la récupération assistée des hydrocarbures. L’Alliance des sables bitumineux, composée des cinq plus grands producteurs de sables bitumineux du Canada, poursuit le développement du projet de captage et de stockage du carbone (CSC) Pathways dans le nord-est de l’Alberta.
Du côté de l’EDC, au début de 2026, le Canada comptait déjà 78 entreprises spécialisées dans ce domaine et 48 projets actifs ou planifiés, couvrant le captage direct dans l’air (CDA), l’augmentation de l’altération des roches, la minéralisation du carbone, le biocharbon et l’élimination en milieu océanique. Des sociétés technologiques mondiales, des institutions financières et des compagnies aériennes achètent des crédits canadiens d’EDC. McKinsey & Company estime que le marché mondial de l’EDC pourrait représenter jusqu’à 1,2 billion de dollars d’ici 2050.
Tant pour les investisseurs que pour le Canada, le contexte actuel présente une occasion importante et grandissante.
Modèles de consortium et de coentreprise. La nature capitalistique des projets de CSC à grande échelle favorise les structures de consortium et de coentreprise, qui permettent le partage des risques et l’arrimage de l’expertise technique aux obligations de réduction des émissions en amont. L’Alliance des sables bitumineux – regroupant Canadian Natural Resources, Cenovus Energy, ConocoPhillips Canada, L’Impériale et Suncor Énergie – illustre cette approche en mettant en commun des ressources pour développer des infrastructures partagées de captage, de transport et de stockage dans plusieurs installations de sables bitumineux.
Carrefours de carbone et infrastructures partagées. Les investisseurs peuvent également participer par l’entremise de modèles en étoile, dans lesquels un réseau centralisé de transport et de stockage du CO₂ dessert plusieurs émetteurs industriels. L’ACTL fonctionne selon ce modèle et collecte actuellement du CO₂ provenant d’installations de production d’engrais et de raffinage du pétrole en vue de son stockage permanent et de son utilisation pour la récupération assistée des hydrocarbures. D’autres carrefours de carbone sont en développement, attirant des investissements étrangers, comme en témoigne l’investissement de Marubeni dans Bison Low Carbon Ventures, visant à favoriser le développement du projet de CSC de Meadowbrook, près d’Edmonton. Ces modèles de carrefours peuvent réduire les coûts de chaque projet et créer des occasions de plateforme pour des investissements subséquents à mesure que de nouveaux émetteurs se raccordent au réseau.
EDC et partenariats technologiques. Le Canada est devenu un pôle mondial d’innovation et de développement de projets dans le domaine de l’EDC. La technologie de captage direct dans l’air (CDA), qui élimine le CO₂ directement de l’atmosphère, est déployée au pays par des entreprises telles que Deep Sky, qui exploite en Alberta une installation d’essai multitechnologique et construit au Manitoba une installation commerciale d’une capacité de 500 000 tonnes alimentée par le réseau hydroélectrique propre du Manitoba. Carbon Engineering, pionnière du CDA en Colombie-Britannique, a été acquise par Occidental Petroleum en 2023, soulignant l’intérêt commercial mondial. Des chefs de file internationaux ont également fait leur entrée sur le marché canadien. Par exemple, Climeworks, le leader suisse du CDA, a établi son siège social canadien à Calgary en 2025 et a conclu avec la Banque Toronto-Dominion (TD) un accord d’enlèvement d’une durée de 10 ans visant la vente de crédits d’EDC de haute qualité.
Au-delà du CDA, des entreprises canadiennes et internationales font progresser l’augmentation de l’altération des roches, la minéralisation du carbone, le biocharbon et l’élimination en milieu océanique partout au pays. Par exemple, Arca, basée à Vancouver, a mis au point un procédé de minéralisation du carbone qui transforme le CO₂ en roche en tirant parti des installations industrielles de gestion des résidus et des sites miniers existants. L’organisation britannique UNDO est également devenue un chef de file mondial de l’augmentation de l’altération des roches grâce à ses projets réalisés en Ontario. Et Charm Industrial cherche à faire son entrée sur le marché canadien après avoir conclu un accord d’enlèvement à long terme avec la TD. Les investisseurs peuvent accéder au marché canadien de l’EDC par l’entremise de licences technologiques, de partenariats de développement de projets, de placements en capital-investissement ou d’accords d’enlèvement de crédits de carbone.
Marchés des crédits compensatoires et des crédits d’élimination du carbone. Les marchés canadiens du carbone liés à la conformité, en particulier à la Technology Innovation and Emissions Reduction (TIER) Regulation de l’Alberta, ont contribué à générer une demande pour les crédits compensatoires fondés sur le CSC. La possibilité de monétiser la séquestration du carbone par l’émission de crédits TIER soutenant la conformité sous-tend la rentabilité économique des projets industriels de CSC dans la province.
Les marchés du carbone volontaires soutiennent également l’essor du secteur de l’EDC partout au pays. En 2024, le gouvernement fédéral s’est engagé à recourir à des services d’EDC afin de réduire l’empreinte carbone de ses propres activités et a lancé un processus d’approvisionnement officiel en crédits d’élimination couvrant cinq volets technologiques : le CDA, la bioénergie avec captage et stockage du carbone (c.-à-d. BECSC), le biocharbon et les autres formes d’élimination et de stockage du carbone issu de la biomasse, ainsi que la minéralisation du carbone. Les préachats de crédits d’EDC au Canada ont connu une croissance, passant d’environ 75 000 en 2024 à plus de 700 000 en 2026, et cette croissance devrait se poursuivre. Plus tôt en 2026, l’Advance Carbon Removal Coalition, dont plusieurs des grandes banques canadiennes sont membres, a pris l’engagement de mobiliser 100 millions de dollars afin de mettre à l’échelle le secteur de l’EDC. Les occasions continuent de se multiplier pour les investisseurs souhaitant financer le développement de projets de compensation et d’élimination du carbone, notamment dans les domaines des solutions fondées sur la nature comme la séquestration du carbone dans les forêts et dans les sols ainsi que la vente de crédits sur les marchés volontaires et les marchés liés à la conformité.
Fusions et acquisitions. Les secteurs du CUSC et de l’EDC offrent de nombreuses occasions d’acquisition, que ce soit pour les développeurs de technologies de captage, les fabricants d’équipements, les exploitants de pipelines ou les titulaires de licences de stockage géologique. À mesure que le secteur gagne en maturité et que les projets des plus petits développeurs progressent vers la phase de construction, les acquéreurs stratégiques pourraient y trouver des points d’entrée attrayants.
Le gouvernement canadien offre certaines des incitations financières les plus importantes au monde pour les investissements dans les solutions carbone, notamment les suivantes :
La viabilité économique de nombreux projets de CSC dépend du maintien de la trajectoire de la tarification fédérale du carbone au Canada et de la disponibilité du crédit d’impôt à l’investissement pour le CUSC. En mai 2026, le Canada et l’Alberta ont conclu une entente prévoyant, entre autres, une tarification officielle du carbone dans le cadre du système TIER, qui atteindra 130 $ par tonne d’ici 2035 et 140 $ par tonne d’ici 2040 – une trajectoire de tarification officielle faisant office de prix plafond, que le gouvernement fédéral a par la suite adoptée pour l’ensemble du pays. La tarification effective du carbone demeure moins claire, particulièrement à court terme avant l’entrée en vigueur prévue d’un prix plancher pour les crédits TIER en 2030, même si le Canada et l’Alberta se sont entendus pour viser une tarification effective de 130 $ par tonne d’ici 2040.
Les marchés du carbone ont fait l’objet d’une forte politisation dans tout le pays, et de futurs changements dans les politiques publiques ou des contestations juridiques pourraient avoir une incidence sur ces projections. Les investisseurs devraient suivre de près l’évolution du contexte politique et juridique, notamment les contestations provinciales visant le cadre fédéral de tarification du carbone, et envisager de structurer leurs investissements de manière à tenir compte d’éventuels changements de politiques.
Bien que de nombreuses technologies de CUSC aient déjà fait leurs preuves commerciales à l’échelle industrielle, plusieurs technologies d’EDC, dont le CDA, l’augmentation de l’altération des roches et les approches d’élimination en milieu océanique, en sont encore à des stades précoces de déploiement commercial. Le coût des crédits de CDA demeure élevé, se vendant souvent à des centaines de dollars la tonne, et les besoins énergétiques de ces projets sont considérables. Les investisseurs devraient exercer une diligence raisonnable approfondie sur le plan technique, notamment en ce qui concerne les taux de captage ou d’élimination, les besoins énergétiques et le rendement à long terme, et envisager de structurer leurs investissements autour de jalons de rendement et de mécanismes de partage des risques. La Stratégie de gestion du carbone du Canada de 2023 identifie le financement de l’innovation et de la réduction des risques associés au développement et au déploiement des technologies comme priorités du gouvernement fédéral.
Le stockage géologique du CO₂ nécessite un accès sûr à des espaces interstitiels souterrains. En Alberta, les droits sur ces espaces situés sur les terres de la Couronne appartiennent au gouvernement provincial, qui a mis en place un cadre réglementaire bien établi pour l’octroi de permis d’évaluation et de baux de séquestration du carbone. En revanche, en Ontario, les espaces interstitiels appartiennent généralement aux détenteurs des droits de surface, ce qui peut compliquer le regroupement des droits sur des espaces interstitiels contigus, qui seraient nécessaires pour avoir accès à un réservoir de stockage de taille commerciale. Afin d’assurer un certain degré de certitude à long terme, les investisseurs devraient s’engager tôt auprès des organismes provinciaux de réglementation, tant pour obtenir les droits nécessaires et évaluer la capacité de stockage, que pour déterminer si la Couronne assumera la responsabilité du CO₂ stocké après la fermeture du site lorsqu’un projet satisfait aux conditions réglementaires prescrites.
La Loi sur Investissement Canada exige l’examen de certaines acquisitions effectuées par des investisseurs non canadiens. Si l’importance stratégique des infrastructures de CUSC s’accroît, les investissements dans ce secteur pourraient être soumis à une surveillance plus étroite. Pour en savoir plus, veuillez consulter notre aperçu sur les examens en vertu de la Loi sur Investissement Canada.
La participation économique des populations autochtones est une considération importante pour les projets de CUSC et plus largement pour les projets de solutions carbone au Canada, particulièrement lorsqu’ils sont réalisés sur les territoires traditionnels ou à proximité de ceux-ci, ou s’ils nécessitent l’utilisation des terres de la Couronne pour le stockage souterrain. Pour en savoir plus, veuillez consulter notre aperçu sur les partenariats avec les populations autochtones, qui présente en détail la participation au capital des Autochtones.
Tous les montants dans cet aperçu sont en dollars canadiens, à moins d’indication contraire.
Si vous souhaitez discuter ces enjeux et ces questions, veuillez contacter les auteurs.
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