
La première Stratégie industrielle de défense du Canada (la « Stratégie ») marque un changement fondamental dans l’approche adoptée par le pays en matière de défense, de politique industrielle et de capacité souveraine. La Stratégie constitue un plan générationnel conçu pour privilégier les entreprises canadiennes, simplifier l’approvisionnement et favoriser les investissements dans l’industrie de la défense du Canada. Le Budget 2025 consacre d’ailleurs 82 milliards de dollars à de nouvelles dépenses de défense.
Pour les investisseurs et les entreprises, la Stratégie, conjointement avec d’autres initiatives gouvernementales connexes, crée un environnement d’investissement mieux défini et plus prévisible, et les occasions ne se limitent pas à la fabrication traditionnelle de matériel de défense. Le Canada se positionne comme un partenaire stratégique dans les chaînes d’approvisionnement des pays alliés dans les domaines de l’aérospatial, de la fabrication de pointe, des minéraux critiques, des infrastructures dans l’Arctique, des technologies à double usage, de l’intelligence artificielle et d’autres secteurs prioritaires.
L’un des éléments centraux de la Stratégie est l’Agence de l’investissement pour la défense (AID). Une loi habilitante introduite en mai 2026 avec le Budget fédéral établira l’AID en tant qu’entité autonome et lui accordera des pouvoirs élargis.
L’AID appliquera le cadre « Construire-Collaborer-Acheter » à toutes les acquisitions futures en matière de défense, ce qui permettra au gouvernement de prendre des décisions plus rapides et mieux coordonnées en matière d’approvisionnement et d’accélérer la mise en place des capacités militaires.
Construire. L’AID accordera la priorité aux fournisseurs canadiens et aux solutions développées localement afin de renforcer l’autonomie stratégique du pays et de réduire sa dépendance à des chaînes d’approvisionnement étrangères. La Stratégie identifie dix « capacités souveraines » initiales comme domaines prioritaires en matière d’investissement et d’approvisionnement : les technologies aérospatiales, les munitions, les systèmes numériques, le soutien en service, la protection du personnel, les capteurs, les technologies spatiales, la fabrication spécialisée, la formation et la simulation, ainsi que les systèmes autonomes et sans équipage.
Collaborer. Lorsque le Canada ne peut développer lui-même une capacité à l’échelle nationale, il cherchera à établir des partenariats avec des alliés de confiance et des entreprises multinationales pour fournir aux Forces armées canadiennes les capacités dont elles ont besoin. La Stratégie accorde une priorité à la diversification des possibilités de partenariat du Canada, en se concentrant d’abord sur les partenaires de l’Union européenne, du Royaume-Uni et dans certains pays de l’Indopacifique. À titre d’exemple de cette approche de collaboration, le Canada a dévoilé en juillet 2026 que la société allemande Thyssenkrupp Marine Systems (TKMS) est le fournisseur privilégié pour remplacer sa flotte vieillissante de sous-marins. Le Canada a annoncé que le projet serait un partenariat à long terme entre le Canada, TKMS et l’Allemagne, et qu’il devrait comprendre : une collaboration dans les domaines de la conception, de la construction et du maintien en puissance des sous-marins; des occasions de transfert de technologie et de perfectionnement des compétences; et une étroite coopération avec les programmes navals des alliés et des partenaires.
Acheter. Lorsque ni la production nationale ni un partenariat ne sont réalisables, le Canada acquerra l’équipement auprès de ses alliés.
Il est dans l’intérêt des investisseurs d’évaluer dans quelle mesure ces occasions d’investissement et le cadre « construire – collaborer – acheter » s’inscrivent dans leurs stratégies d’investissement.
Les investisseurs et les entreprises devraient suivre de près l’évolution des politiques publiques et les annonces dans les domaines suivants.
Le projet de loi C-31 permettra, entre autres, de mettre officiellement sur pied l’Agence de l’investissement pour la défense en tant qu’entité autonome placée sous la direction d’un ministre dédié. Cette agence vise à dissocier l’approvisionnement en matière de défense des processus d’approvisionnement courants du gouvernement relevant de Services publics et Approvisionnement Canada afin de simplifier les décisions, d’accélérer le processus et de les rendre plus souples, ainsi qu’à centraliser l’expertise en matière d’approvisionnement militaire.
Le projet de loi précise également que l’approvisionnement concurrentiel demeure la règle par défaut pour les approvisionnements en matière de défense, mais que le nouveau ministre pourra passer outre le processus concurrentiel grâce à un nombre accru d’exemptions. Ceux-ci comprennent notamment i) les situations où il existe une justification pour soutenir un secteur de l’économie du Canada qui est important pour la défense nationale ou pour la sécurité nationale, notamment la sécurité économique, et ii) le matériel de défense ou les services de défense qui ont fait l’objet de financement fourni par l’État canadien pour la recherche, le développement ou l’innovation.
Une annonce historique a été faite en avril 2026 selon laquelle le Canada avait été choisi de manière unanime par ses pays partenaires pour accueillir le nouveau siège social de la Banque de la défense, de la sécurité et de la résilience (Banque DSR). La Banque DSR offrira un financement à long terme et à faible coût pour des initiatives de défense afin d’aider les gouvernements et les PME à combler les lacunes financières.
L’objectif consiste à lancer les activités de la Banque DSR d’ici 2027. Les investisseurs qui souhaitent jouer un rôle plus important dans les projets liés à la défense – tant au Canada que dans les pays alliés – auront tout intérêt à suivre de près la sélection de la ville canadienne où sera établi le siège social de la Banque DSR ainsi que le rythme de sa mise sur pied. Il convient de souligner que les efforts déployés par le gouvernement du Canada afin d’assurer la participation de pays alliés à la banque DSR se poursuivent. À ce jour, huit pays, dont aucun n’est membre du G7, ont exprimé explicitement leur soutien à cet égard1.
La Stratégie industrielle de défense du Canada a été lancée en février 2026. Trois mois plus tard, l’Ontario a dévoilé son propre cadre, la Stratégie industrielle de l’Ontario en matière de défense. Celui-ci vise à tirer parti de la base industrielle de la province, de la portée de ses exportations et de sa chaîne d’approvisionnement intégrée, notamment en matière de minéraux critiques.
Si d’autres provinces emboîtent le pas en lançant leurs propres stratégies en matière de défense et se positionnent comme des destinations de choix pour l’industrie de la défense du Canada, les décisions en matière d’investissement en seront impactées.
Il est important de noter que l’un des objectifs principaux de la stratégie de l’Ontario consiste à renforcer la base industrielle de la province en matière de défense afin qu’elle soit capable de remporter des contrats de défense internationaux. La récente adhésion du Canada à l’initiative Agir pour la sécurité de l’Europe (instrument SAFE) ouvre la voie à la participation de l’Ontario, puisque les entreprises canadiennes sont désormais autorisées à soumissionner sur d’importants projets de défense financés par des prêts pouvant atteindre 244 milliards de dollars accordés aux États membres de l’Union européenne.
Si 16 initiatives ont été soumises au Bureau des grands projets, trois ont été recommandées en juin 2026 pour une inscription en vertu de la Loi visant à bâtir le Canada (la Loi). Deux de ces trois initiatives, la route et le port de Grays Bay ainsi que la route de la vallée du Mackenzie, sont des projets d’infrastructures essentiels situés dans le Grand Nord canadien.
Une inscription en vertu de la Loi signifie que ces projets devraient passer rapidement et assurément par les processus d’approbation, ce qui offre une meilleure prévisibilité pour les investisseurs.
Dans un contexte où le gouvernement cherche à établir un véritable corridor économique et de sécurité de l’Arctique, les investisseurs devraient rester à l’affût d’autres projets liés à la défense désignés pour une inscription.
La Stratégie souligne la nécessité d’une collaboration continue avec les peuples autochtones et les communautés nordiques, y compris dans l’Arctique. Pour qu’une collaboration soit fructueuse, il faut que l’obligation constitutionnelle de consulter et d’accommoder soit respectée et que les communautés autochtones puissent profiter de la nouvelle orientation en matière d’investissements de défense, en particulier dans le Nord canadien.
L’accent que met le Canada sur les investissements dans les infrastructures à double usage vise à renforcer les capacités de défense et porte notamment sur les aéroports, les routes, les ports, les systèmes de télécommunications et les systèmes d’intervention en cas d’urgence. La Stratégie insiste sur la nécessité de trouver un équilibre en ce qui concerne l’utilisation des infrastructures à double usage afin de promouvoir la souveraineté du Canada et de générer des retombées socio-économiques pour les communautés nordiques et autochtones, dont le développement d’une main-d’œuvre qualifiée au sein des communautés des Premières Nations, des Inuit et des Métis.
Des partenariats économiques avec des entreprises autochtones sont déjà attendus dans le domaine des infrastructures énergétiques2. et des projets d’exploitation de minéraux critiques. Par exemple, une priorité clé de la Stratégie canadienne sur les minéraux critiques comprend l’établissement de partenariats avec les peuples autochtones.
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